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Du pain et des jeux

14 février 2011

« Panem et circenses » : du pain et des jeux !

Du pain Je ne suis pas convaincu que Juvenal, ce poète latin du 1er siècle et auteur de cette expression, aurait imaginé en la prononçant que, 2000 ans après, elle serait toujours d’actualité…

Petit retour en arrière : les premières traces de pain datent du néolithique (30 000 ans av. JC), c’était du pain sans levain fait à partir de grains d’amidon provenant de rhizome de roseau à massette et de fougères. C’est avec le début de l’agriculture (8 000 ans av. JC) au Moyen-Orient (dans le croissant fertile), que l’amidon a commencé à provenir essentiellement des grains de céréales. Je rappelle que le pain est fait de farine (blé ou seigle), de sel et d’eau, auxquels on rajoute de la levure ou du levain pour obtenir le gonflement par fermentation.

C’est sous l’antiquité que les Égyptiens, les premiers, font du pain à levain, puis les Grecs se mettent à confectionner plusieurs dizaines de variétés de pains, notamment avec des levures issues de vins conservés dans des petites amphores. C’est à partir de là que se développe le métier de boulanger.

Les Romains quant à eux, mangent une espèce de bouillie. Puis plus tard, les légions romaines ont ramené à Rome des boulangers hellènes réduits en esclavage, qui leur ont apporté leur connaissance de la boulangerie. Le pain, à certaines époques, est distribué gratuitement à Rome pour éviter les soulèvements populaires.

Ça ne vous rappelle rien ? Égypte, Moyen-Orient, émeutes de la faim, soulèvements populaires…

Voilà pourquoi cette référence au pain. Le pain est l’aliment de base de nombreuses sociétés, notamment pour les sociétés méditerranéennes, et est intimement lié à leur évolution : c’est très probablement pour le pain que des outils comme la meule ont été inventés.

Français avec baguette de pain

Aujourd’hui encore, le français est montré dans le monde entier avec sa baguette de pain sous le bras. Imaginez : 3,14 millions de pains produits en France chaque année, dont plus de 71% sont distribués via les boulangeries artisanales et à peine 19% dans les grandes surfaces, les 10% restant le sont par d’autres canaux. La boulangerie est le commerce de proximité le plus fréquenté des français, 2/3 des ménages y vont 4 fois par semaine en moyenne (Sources : Insee, Isica, Arcane).

Les jeux, eux, remontent aussi loin que l’ère paléolithique au cours de laquelle les chasseurs utilisaient une forme de Yoyo pour assomer leurs proies au sol. Les dés remonteraient au IIIème millénaire av. JC en même temps que les 1ers jeux d’adresse.

C’est sous la Rome Antique que sont apparus les premiers jeux du cirque : courses de chevaux, courses de char, théâtre, boxe, athlétisme et combats de gladiateurs sont au menu.

Colisée La construction du Colisée de Rome ou amphithéâtre (Ça ne vous rappelle rien ? Un nouvel amphithéâtre à Québec…) a commencé entre 70 et 72 de notre ère sous l’empereur Vespasien, pour se terminer en 80 sous l’empereur Titus. Capacité de ce monument : de 50 000 à 75 000 spectateurs ! Et savez-vous combien de temps il est resté en service ? 500 ans ! 1/2 millénaire, soit 10 fois plus que ne l’aura sans doute été le Colisée Pepsi à Québec. C’était déjà un amphithéâtre multifonctionnel :). Ce Colisée fût construit bien évidemment sur fonds publics, avec les trésors ramassés par les légions romaines au cours de différentes campagnes, et il fût bâti  en plein coeur de Rome sur le lac de Néron qui avait annexé ce site. Il faut donc voir là un retour de ce site au peuple et le réaménagement de ce quartier pour le peuple. Je m’excuse auprès de mes lecteurs « français de France » qui ne verront pas là les nombreux points communs avec l’actualité intense et brûlante de la ville de Québec, dont le maire Régis Labeaume, vient de faire une annonce fracassante : « vous aurez votre amphithéâtre ! » Le montant de l’investissement est estimé à 400 millions de dollars avec une participation de la ville à hauteur de 187 millions. 200 millions provenant de la province et 13 millions de l’organisme privé « J’ai ma place« . L’enjeu majeur pour cet amphithéâtre sera le retour d’une équipe professionnelle (LNH) de hockey, le fameux retour des Nordiques…

Je ne connais pas assez ce dossier ni les finances de la ville pour porter un jugement mais je ne peux m’empêcher de sourire en mettant en évidence certains parallèles : amphithéâtre, durée de vie du Colisée, capacité d’accueil, financement public, privé, aménagement du territoire…

L’expression « Du pain et des jeux » signifiait, en allusion à la Rome antique : « Donnez du pain et des jeux au peuple et vous aurez la paix. » Est-ce un parallèle de plus ? Je n’en sais rien !

Contrairement à beaucoup de mes billets, je ne porterai donc pas de jugement, mais j’ouvrirai simplement le débat :

Il est évident qu’un tel projet peu fédérer l’ensemble de la population avec un grand sentiment de fierté, d’appartenance et le sentiment que Québec est une ville qui bouge. il est évident aussi que ce projet va être un formidable catalyseur de développement économique tant il va drainer de l’activité pendant sa construction puis pendant son opération. Il est évident aussi que cette initiative sera le moteur d’un projet plus global d’aménagement du quartier dans lequel il va être érigé. Et enfin, une fois terminé, l’amphithéâtre multifonctionnel, mettra Québec au rang des villes mondiales pouvant accueillir grandes compétitions sportives et concerts en tout genre.

En revanche, 187 millions (s’il n’y a pas de dépassements de coûts…), c’est près de 5 fois ce qu’avait promis le maire Régis Labeaume pendant la campagne qui lui a permis d’être réélu à 80% en 2009. C’est donc beaucoup d’argent, et nous ne connaissons pas les impacts d’un tel montant sur les finances publiques de la ville et donc sur les poches des contribuables, s’il s’avère que ce projet devenait un fiasco : dépassements de coûts, absence de retour d’une équipe de la LNH, un déficit des opérations épongé chaque année par la ville…Il ne faudrait pas que Québec soit la grenouille qui voudrait se faire aussi grosse que le boeuf et que les québécois soient les dindons de la farce avec des finances publiques insupportables…Une certitude : ce sujet va faire couler beaucoup d’encre dans les prochaines mois années.

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